-Enpa- Centre apprentissage AA

CENTRE D'APPRENTISSAGE AA - BERCEAU DE L'EPA

Juillet 1940


Au cours de l’été 1940, à la fin des hostilités, le personnel militaire est placé en congé d’armistice, l’entretien et la réparation des avions sont interdits par la commission  d’armistice siégeant à Alger.  L’atelier industriel de l’air, pièce maîtresse de ce potentiel industriel, se voit contraint d’arrêter ses activités, nous rappelle l’ingénieur général Jacques MARTIN, directeur de  l’AIA,  dans son message à notre Amicale en 1977. La direction de cet établissement veut  à tout prix conserver l’outil de travail en état, dans l’attente de jours meilleurs et le rendre plus performant. Consciente du manque de main-d’œuvre qualifiée,   elle veut  essayer d’agir pour le combler.

Et c’est ainsi que  juillet 1940 voit s’ouvrir un centre d’apprentissage à Maison Blanche. L’ingénieur général Jacques MARTIN nous apprend que 250 jeunes démobilisés de l’Armée de l’Air,  furent les premiers élèves qui formèrent  la première promotion de notre école. Ces propos nous ont surpris. Aussi nous avons voulu en savoir davantage en essayant de contacter d’autres témoins de cette époque. Nous en avons retrouvé deux après de longues recherches. Leurs témoignages écrits se complètent, et c’est avec plaisir que nous vous les proposons.

Roland GERMAIN, l’ancien de la première heure nous précise:

Bien avant 1939, nous l’avons déjà vu, l’armée de l’Air a décentralisé ses écoles de spécialistes en Afrique du Nord.

A Maison Blanche , c’est une école de mécaniciens avion qui avait été créée. Ce site avait été choisi à cause de l’A.R.M.A. (ateliers de réparation du matériel  aérien ) qui, en entretenant tous les appareils d’Afrique du Nord, servait de support pédagogique aux élèves, tous militaires engagés. Des officiers mécaniciens et des sous officiers brevetés étaient leurs professeurs et moniteurs.

En juillet 1940, les élèves militaires sont démobilisés dont notre témoin GERMAIN Roland. Ce sont le gouverneur général de l’Algérie, Yves CHATAIGNEAU et le général WEISS, commandant la 5ème  région aérienne, qui ont l’idée de réserver ces élèves dont le niveau correspondait à l’époque au brevet élémentaire des E.P.S. et au brevet des E.N.P.

Ils désiraient  créer une école nouvelle, civile, qui serait montée  selon le principe E.N.P. Elle serait destinée à former des techniciens supérieurs et des candidats aux Écoles  des Arts et Métiers. A noter que le niveau de ces garçons était bien meilleur que celui des sortants IUT actuels.

Denis RIVAS, témoin actif de la première heure, nous apporte lui aussi un témoignage précis sur cette époque.
Nous reproduisons sa lettre reçue ce 5 mars 1999 :

Au mois de juin 1940, je me trouvais aux environs de Maison Carrée. J’étais affecté dans une école de pilotage comme mécanicien, basé à L’Arba et ensuite à Sidi Moussa. Nous venions de la Base d’Oran où, pour de jeunes pilotes, le trafic était trop dense. Mais pour être à l’abri des avions italiens, ou autres, le 10 juin, nous avons été transférés au Maroc où presque toute l’Armée de l’Air s’était donnée rendez-vous. C’est à Fez, par l’intermédiaire de mon chef de service, que j’ai appris la création d’une École qui devait ouvrir à Maison Blanche.

Au départ de Fez, nous devions être plusieurs, mais je me suis trouvé tout seul en gare ainsi qu’à  l'arrivée à Alger. J’ai attendu un train qui veuille bien m’amener à ma nouvelle base où se trouvait cette école. Je sais que nous étions environ 250, et c’est là  que j’ai vu le lieutenant colonel Jacques MARTIN, il me semble qu’il avait ce grade, c’était le grand patron de l’AIA, anciennement A.R.M.A. Cette école avait été ouverte pour des raisons liées au traité d’armistice, nous ’étions pas mobilisés, mais civils avec un statut  militaire.

Mr. Jacques MARTIN nous a réunis pour nous informer de nos nouvelles activités. Nous devions percevoir 5 francs de l’heure, alors qu’au Maroc nous ne gagnions que 15 centimes par jour. Nous pouvions nous loger où nous voulions, à condition d’être à l’heure au travail. Pour moi, qui n’étais pas fortuné, j’ai habité ces grandes bâtisses qu’il y avait entre les ateliers et la base que vous appelez la ferme « Gros ». Nous étions obligés de prendre nos repas à une cantine. Le prix des repas, 16 francs par jour était retenu sur notre paye.

Parmi ces 250 élèves, nombreux étaient ceux qui avaient une bonne instruction. Mais d’autres comme moi, qui n’avaient que le certificat d’études, ont dû suivre un cours de rattrapage qui dura plusieurs semaines. Pendant ce temps là, nos intellectuels nous ont aménagé un joli stade de football. Dans cette école il n’y avait pas de gradés. Nous n’avions que des professeurs qui nous  enseignaient les matières générales, l’électricité, le dessin industriel, la mécanique appliquée dans des bâtiments qui n’étaient pas loin des logements où nous dormions. Nos cours de travaux pratiques : ajustage et machines outils se déroulaient dans les bâtiments de l’AIA. Nous étions encadrés par des moniteurs. Je me souviens de quelques noms : JOLY, FROCHEN, Charles DURIEUX de Maison Carrée.

Je suis sorti de cette école bien classé. Mais comme j’étais d’origine espagnole, mon père n’ayant pas été ancien combattant, je n’ai pas eu le droit de rester à l’A.I.A. J’ai pu  travailler à Alger dans une centrale électrique dans l’attente du 8 novembre 1942 pour être de nouveau mobilisé.

J’insiste sur le statut particulier des élèves de cette école qui étaient civils tout en étant à la disposition de l’armée.