SURVEILLANT GENERAL

 
     
         
     
M. Amokrane ARESKI

Né le 12 février 1922
à  Tighzert (Gde Kabylie)
Dcd le 24 avril 1997
à Marseille
   
          Il a été surveillant général à l'ENPA de 1946 à 1949.
     Il était inscrit au Barreau de l'Ordre des Avocats d'Alger puis de Sétif dont il était le Bâtonnier.
          En 1964 il revient au Barreau d'Alger, agrée près la cour Suprême.
          A partir de 1976 il exerça au Barreau de Marseille, jusqu'an 1987 date à laquelle il devient Avocat Honoraire. 
                                                                    DISCIPLINE LIBREMENT CONSENTIE : 

          Les deux premières promotions bénéficièrent  d’un régime de discipline qui ne surprendrait pas aujourd’hui… encore que ! 
          Nous étions considérés comme des adultes,  responsables. A nous de le prouver, par notre comportement d’élèves studieux,
     respectant l’environnement matériel et humain. En contre partie, nous n’avions pas de surveillants pour faire régner l’ordre, mais des
     maîtres d’internat pour nous épauler. Cette conjoncture était dans la logique du moment. Au sortir de l’occupation, nous étions ivres
     de liberté, d’idéal, pour un avenir que l’on croyait heureux et sans contrainte.
          Au cours d’une réunion annuelle de l’Amicale où nous avions rendu hommage à la mémoire de notre premier surveillant général,
     Mr. Amokrane ARESKI,  nous avons écrit   à son épouse le texte qui suit : 
        Lettre de Gilbert BARRAUD à Mme. ARESKI,

          C’est avec une réelle émotion que je me permets de vous  écrire aujourd’hui. Notre Amicale, cette année, a voulu honorer la
     mémoire  de Mr. ARESKI.
          Membre de la Commission Animation, c’est surtout au titre d’ancien élève de la deuxième promotion 1945 - 1949  que je
     voudrais prendre part à cet hommage avec ce témoignage personnel.
          A  l’Aérium de Jean Bart où était hébergée  notre  école, Mr. ARESKI a été notre premier surveillant général. Nous sommes
     sûrement très peu nombreux , aujourd’hui, sur les cinquante pensionnaires de notre dortoir à nous souvenir  de certains épisodes
     de cette époque là.
          C’était la période euphorique de l’après guerre où régnait à l’école une « discipline librement consentie ». Nous en avons bien
     profité …. Quelques semaines….  Les soirées   étaient très calmes. Tous au lit, à 21 heures. Un rapide contrôle visuel de notre
     surveillant général pour s’assurer que toutes les places étaient occupées, et c’était  l’extinction des feux .Mais, dès l’obscurité venue, 
     quelques camarades sautaient prestement de leurs lits, s’ébrouant quelque peu, (ils s‘étaient couchés tout habillés), se précipitaient 
     vers une fenêtre laissée ouverte pour l’enjamber et disparaître dans la nuit. Ils allaient au cinéma ou au bal , à  Ain Taya, rejoindre par
     les chemins de traverse , celles qui, pour certains, allaient    devenir plus tard leurs épouses. 
          Ces fugueurs n’ont jamais eu d’ennuis. Je pense que notre surveillant général,  notre aîné de quelques années seulement, n’a jamais
     été dupe. Il nous savait déjà responsables de notre avenir, et nous laissait une certaine liberté.
          Quelques mois plus tard, à quelques jours des vacances d’été, grande était notre excitation. Sous l’effet de groupe certainement,
     nous qui étions restés si longtemps bien sages et raisonnables,  un soir, nous avons en quelques minutes, réduit en débris  cinquante
     lits  de camp , toile et bois. Quel spectacle de ruines découvrit notre surveillant général alerté par notre chahut. Il  nous gratifia d’un
     puissant : << Il y a des brebis galeuses parmi vous>>.
     Mais à notre grand    étonnement, Mr. ARESKI toujours aussi calme, nous ordonna le rangement de la literie bois  dans un angle
     du dortoir et nous fit refaire nos lits .  Nous  avons ainsi passé les deux nuits  précédant le départ, sur un matelas à même le sol avec
     un drap et un polochon.
          La veille des grands départs, l’année suivante, toujours à   Jean Bart, la direction de l’école, sagement retira les lits de camp….
          D’autres décisions furent prises avec la venue de Mr. PAUCHET et plus tard celle de Mr. MANDRILLON. La discipline librement 
     consentie fût abandonnée.
          Un règlement draconien vit le jour. L’effectif croissant de l’école le rendit  peut être nécessaire.  Mais personnellement , je crois plutôt
     que l’éloignement de la période euphorique et pleine d’espoirs de l’après guerre, ainsi que la mise aux normes administratives et
     disciplinaires de notre école, en furent les principales causes.
          Mr. ARESKI est toujours resté un symbole pour nous, celui de la réussite par le travail et notre témoin d’une époque  où la liberté 
     et l’espérance n’étaient pas de vains mots.

          Il ne me reste plus, Madame, à vous dire le plaisir que j’ai eu de me remémorer ces  souvenirs.

                                                                                                                                          Extraits d'un texte de Gilbert BARRAUD.